Plein Champ- Décembre 2006
Bernard Kersten
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Abeilles, "limposture écologique"
Est-ce à tort que le Gaucho et le Régent
TS ont été accusés d’être à l’origine du
dépérissement des abeilles? Non seulement
Gil Rivière-Wekstein en est convaincu mais,
au terme de deux ans d’enquête, il nous
explique en détail comment et pourquoi ces
insecticides «maudits» ont servi de bouc
émissaire à la fois pour nourrir des appétits
syndicaux et politiques, pour masquer les
difficultés de l’apiculture et enfin pour
remettre en cause un modèle agricole basé
sur le progrès technologique.
Au milieu des années 90,
alors que le Gaucho
commence à être
utilisé en enrobage des semences
de tournesol, les apiculteurs
observent à travers
toute l’Europe des dépérissements
anormaux dans leurs
ruchers. En France, certains
font rapidement le rapprochement
et accusent dès lors
l’imidacloprid (matière active
du Gaucho) d’être à l’origine
de leurs déboires. Il est rejoint
un peu plus tard par un autre
insecticide systémique, également
utilisé en enrobage de
semence, le Régent TS (matière
active: le fipronil).
Au terme de 10 années
d’expertises, de contre-expertises
et de procédures
juridiques, le petit groupe
d’apiculteurs à la base de ce
mouvement obtient des autorités
françaises la suspension
de ces 2 produits sur tournesol
et maïs.
Basée sur le principe de
précaution, cette décision
franco-française est moins le
fait d’éléments objectifs que
le fruit de l’émoi suscité par la
cause des apiculteurs auprès
de l’opinion publique, largement
convaincue de la dangerosité
des ces «insecticides
maudits», non seulement
pour les abeilles mais aussi
pour la santé humaine.
Affaire classée? Pas pour
Gil Rivière-Wekstein. Connu
il est vrai pour ses thèses souvent
éloignées de la position
des environnementalistes, ce
journaliste a mené une enquête
approfondie qui vient
de déboucher sur la publication
aux éditions Le Publieur
d’un ouvrage de 300 pages
intitulé Abeilles, l’imposture
écologique et sous-titré l’affaire
des insecticides maudits.
Bien sûr on y retrouve des
éléments déjà largement évoqués
dans ce débat passionnel:
comment se fait-il que ces
mortalités anormales soient
également constatées dans
des régions où l’on n’utilise
pas de produits phytosanitaires
et donc pas de Régent ni
de Gaucho? Pourquoi seule
la France (et par contagion la
Belgique francophone) incrimine-
t-elle ces produits alors
que d’autres pays connus
pour être particulièrement
pointilleux en matière d’environnement
en reconnaissent
l’innocuité dès lors qu’ils
sont correctement utilisés?
Pourquoi, à l’exception de
certains essais mandatés
par les apiculteurs eux-mêmes,
aucun essai n’a mis en
évidence de lien de cause à
effet entre l’utilisation de ces
produits et la mortalité des
abeilles?...
Mais l’ouvrage de Gil
Rivière-Wekstein va bien plus
loin. Son analyse détaillée
du dessous de cette affaire
des «insecticides tueurs
d’abeilles» nous dévoile, bien
au-delà du strict problème du
Gaucho et du Régent, comment
et pourquoi les discours
délibérément réducteurs de
certains peuvent en réalité
cacher des vues insoupçonnées.
Dans ce cas précis, cela
va d’éléments aussi disparates
et parfois contradictoires
que les problèmes de l’apiculture
elle-même, où les
pratiques de certains ne sont
pas exemptes de tout reproche,
les visées politiciennes
d’une droite ultra-conservatrice
et ultra-nationaliste ou
encore les tiraillements entre
organisations syndicales
concurrentes revendiquant
les faveurs des apiculteurs.
L’auteur épingle également
des chercheurs en quête de
reconnaissance et/ou de soutien
financier et bien entendu
les mouvements écologistes
qui ne pouvaient laisser passer
une si belle opportunité de
remettre en cause un modèle
d’agriculture moderne basé
sur l’invention et le progrès
technique.
En conclusion, il rappelle
l’importance de rester intellectuellement
vigilant afin de
ne pas tomber dans le piège
des discours apocalyptiques,
des raisonnements simplificateurs
et surtout de la recherche
facile du bouc émissaire.